Ce devoir étudie le fatalisme dans l’islam en distinguant d’emblée deux plans : le fatalisme comme doctrine (le cours des événements échappe à l’intelligence et à la volonté humaines, la destinée paraît fixée) et le fatalisme comme attitude morale (résignation devant un avenir tenu pour inévitable), tout en soulignant que fatalisme doctrinal, fatalisme moral, et déterminisme ne se recouvrent pas nécessairement. Sur cette base, l’étude ouvre par des repères sociologiques (Weber, Durkheim, puis une synthèse attentive aux processus historiques et socio-politiques) et par l’intérêt heuristique des récits de voyageurs occidentaux (XVIe–XVIIe s.) décrivant une culture fataliste perse, sans conclure pour autant que le fatalisme explique à lui seul le sous-développement. L’argument établit ensuite un cadre comparatif avec les christianismes : la prédestination et la providence y posent problème dans un système théologique fortement articulé autour de la voluntas / libera voluntas et de ses rapports au péché, à la grâce et au salut, de sorte que le débat porte moins sur une coercition extérieure que sur l’état et l’orientation du libre arbitre. L’analyse passe enfin à l’islam : le fatalisme doctrinal s’y exprime par qazā (décret universel) et qadar (décret plus spécifique) et s’organise entre jabr, tafwīḍ et, dans l’orthodoxie, iktisāb (déterminisme “modifié”). Ici, la comparaison met au premier plan une différence structurelle : l’islam développe surtout des théories de l’action (localisation du pouvoir d’agir) afin de préserver la souveraineté et la justice divines, plutôt qu’une théorie élaborée de la volonté sur le modèle chrétien. Cette grille éclaire à la fois la tension scripturaire du Coran (responsabilité humaine vs primat de la volonté divine) et l’accent plus fataliste des traditions, dont l’usage peut aussi recevoir une lecture politique.
This paper examines fatalism in Islam by separating, from the outset, two levels: fatalism as a doctrine (events ultimately escape human intelligence and will, so destiny appears fixed) and fatalism as a moral attitude (resignation before a future taken to be unavoidable), while stressing that doctrinal fatalism, moral fatalism, and determinism do not necessarily coincide. On that basis, the paper first sets a sociological frame (Weber and Durkheim, followed by a synthesis attentive to historical and socio-political processes) and uses early modern Western travel accounts (sixteenth–seventeenth centuries) describing a “fatalistic” Persian culture as heuristic evidence, without accepting the reductionist claim that fatalism alone explains underdevelopment. The argument then introduces a comparative Christian backdrop: debates on providence and predestination arise within a theological system that is strongly organized around voluntas / libera voluntas and its relation to sin, grace, and salvation, so the main issue becomes less an external coercion than the condition and orientation of free will. The analysis then turns to Islam, where doctrinal fatalism is articulated through qazā (universal decree) and qadar (more specific decree) and is structured around jabr, tafwīḍ, and—within orthodoxy—iktisāb (“modified” determinism). The comparison highlights a structural difference: Islam primarily develops theories of action (where and how agency is located) in order to safeguard divine sovereignty and justice, rather than a full-scale theory of will modeled on Christian treatments of liberum arbitrium. This framework clarifies both the scriptural tension in the Qurʾān (human responsibility versus the primacy of divine will) and the more fatalistic accent often found in later traditions, whose deployment can also receive a political reading.
Narimani, Arvid (2022). Islam et fatalisme Zenodo (v1). Dernière version : https://doi.org/10.5281/zenodo.17009300. Version citée : https://doi.org/10.5281/zenodo.17009300.