Ce travail de cours évalue le caractère fallacieux de la doctrine thomasienne de la loi naturelle lorsqu’elle est examinée à la lumière (i) de la « faute naturaliste » de Moore et (ii) de la contrainte humeienne « devoir/être ». L’analyse commence par reconstruire, dans la Somme de théologie, l’exposé de la bonté : la bonté se décrit par la désirabilité, puis par la perfection et l’actualité, tandis que le terme « bien » fonctionne comme premier objet saisi par la raison pratique et comme terme central du premier précepte de la loi naturelle (« rechercher le bien et éviter le mal »). L’étude présente ensuite l’objection de Moore : l’identification d’une propriété évaluative (la bonté) à une propriété naturaliste ou métaphysique constituerait la faute naturaliste, et Thomas peut paraître vulnérable dans la mesure où la bonté est associée à des propriétés métaphysiques. L’analyse soutient toutefois que l’objection dépend de la question d’une définition réductrice plutôt que de l’indication d’un trait essentiel ; si « bien » est traité comme indéfinissable et si les préceptes de la loi naturelle ne sont pas déduits mais tenus pour per se notum et indémontrables, l’objection perd sa force. Concernant Hume, le point devoir/être reçoit une interprétation logique : la prudence vise des arguments dont la conclusion introduit un contenu normatif absent des prémisses, sans que cette remarque exclue à elle seule le naturalisme. Appliqué à Thomas, le propos est que la Somme ne présente pas de syllogismes explicites inférant des « devoir » concrets à partir de prémisses non morales ; des normes spécifiques apparaissent plutôt comme conséquences d’une saisie immédiate du bien. L’étude admet néanmoins qu’une structure être/devoir peut être intégrée au niveau métaéthique, puisque le cadre téléologique de la nature humaine rend la normativité intrinsèque. La conclusion est que ni la faute naturaliste de Moore ni le critère de Hume ne réfutent directement Thomas ; le désaccord plus profond porte sur la possibilité, pour la raison, d’appréhender des vérités morales de la manière revendiquée par Thomas.
This course paper evaluates whether Aquinas’ doctrine of natural law is fallacious when assessed by (i) Moore’s “naturalistic fallacy” and (ii) Hume’s “ought/is” constraint. It begins by reconstructing Aquinas’ account of goodness in the Summa Theologiae: goodness is described through desirability (and further through perfection and actuality), and “good” functions as the first object grasped by practical reason and as the core term in the first precept of natural law (“seek good and avoid evil”). The paper then sets out Moore’s charge: identifying an evaluative property (goodness) with a naturalistic or metaphysical property constitutes the naturalistic fallacy, and Aquinas can appear vulnerable insofar as he links goodness with metaphysical properties. The paper argues, however, that the accusation depends on whether Aquinas is offering a reductive definition (a differentia) rather than marking an essential feature; it suggests that if “good” is treated as an indefinable particular and the precepts of natural law are not deduced but held to be per se notum and indemonstrable, the Moore-style objection loses force. Turning to Hume, the paper interprets the ought/is point as a logical warning against arguments whose conclusions introduce normative content not contained in the premises, while noting that this does not by itself rule out naturalism. Applied to Aquinas, the paper maintains that the Summa does not present explicit syllogisms that infer concrete “ought” claims solely from non-moral premises; rather, specific norms are presented as consequences of an immediate grasp of the good. It nonetheless allows that an is/ought structure may be “built in” at the metaethical level, because Aquinas’ teleological account of human nature makes normativity intrinsic to the framework. The conclusion is that neither Moore’s fallacy nor Hume’s criterion straightforwardly refutes Aquinas; the deeper disagreement concerns whether reason can apprehend moral truths in the way Aquinas claims.
Narimani, Arvid (2021). Is Aquinas' doctrine of natural law fallacious with regard to the Moore's naturalistic fallacy and Hume's ought/is criterion? Zenodo (v1). Dernière version : https://doi.org/10.5281/zenodo.17009150. Version citée : https://doi.org/10.5281/zenodo.17009150.